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Membre du Comité d’experts responsable de l’attribution du Label Afric’innov, dont elle a présidé la première édition, Marianne Vidal-Marin revient sur cette expérience et nous parle de l’importance du Label pour les écosystèmes entrepreneuriaux Africains.

 

 

Pourriez-vous vous présenter à la communauté ? 

J’ai passé 6 ans à l’Institut français puis à la Francophonie universitaire où j’ai piloté des programmes d’appui à l’entrepreneuriat des jeunes en Afrique et au Moyen-Orient. Ces programmes m’ont naturellement amenée à travailler étroitement avec des incubateurs et accélérateurs et permis d’entrevoir leurs forces et leurs faiblesses. Ayant été confrontée au quotidien au souci de sélectionner des structures d’appui à l’entrepreneuriat pour accompagner mes entrepreneurs, j’ai collaboré dès 2016 avec l’équipe d’Afric’innov à la publication d’un référentiel qualité préfigurant le Label Afric’innov.

Je dirige aujourd’hui I&P Conseil, société du groupe pionnier de l’investissement d’impact Investisseurs & Partenaires (I&P), et qui est en charge de la conception d’outils et de programmes qui intègrent le savoir-faire interne relatif au financement des PME, à leur formalisation, et à leur mesure d’impact. Des missions qui font d’Afric’innov un partenaire naturel.
 

Vous évoluez depuis de nombreuses années dans les écosystèmes de l’entrepreneuriat et de l’innovation en Afrique et au Moyen-Orient. Comment décririez-vous leur évolution aujourd'hui ?

J’ai assisté comme de nombreux acteurs du champ au bourgeonnement des structures d’appui à l’entrepreneuriat (SAE) en Afrique francophone et au Moyen-Orient. Il n’y avait pas un mois qui passait sans qu’on apprenne l’éclosion d’une nouvelle structure au Sénégal, au Liban ou en Tunisie (…) Si la dynamique a été profitable pour diffuser « l’envie » entrepreneuriale, ça n’a pas aidé les bailleurs de fonds et les acteurs financiers à distinguer le sérieux de toutes ces structures.

Nous bénéficions maintenant d’un recul de quelques années qui permet d’apprécier le travail de fond mené par certaines structures, comme typiquement celles qui reçoivent aujourd’hui le Label Afric’innov et que je félicite.

Je dirais que l’écosystème des SAE s’est professionnalisé, il a commencé dans certains pays à stimuler l’innovation et appuyer des entreprises qui ont généré de la création d’emplois. Il a donné lieu à des aventures formidables, en particulier pour certaines start-ups technologiques, et il demeure susceptible de générer un effet de levier sans comparaison au vu du nombre d’entrepreneurs que ces structures accompagnent chaque année, même si le chemin reste long avant de parvenir à un niveau homogène et de qualité.

 

Quels sont, pour vous, les enjeux du Label Afric’innov ? Pourquoi est-il pertinent dans le contexte actuel ? 

Chaque année, une part écrasante des SAE disparaît faute de moyens et de professionnalisation, donc je crois qu’il ne faut pas tomber dans une idéalisation de l’environnement d’appui à l’entrepreneuriat africain, ni sous-estimer les défis auxquelles ces structures font face au quotidien : modèle économique fragile et parfois inexistant, stabilisation des équipes et attraction des talents (…) Défis qui rappellent la pertinence d’Afric’innov et de l’ensemble des acteurs qui se sont donnés pour mission de renforcer les capacités entrepreneuriales.

Comment assurer aux entrepreneurs un accompagnement de qualité au sein des SAE qui leur soit véritablement profitable ? C’est la question récurrente que j’ai pu entendre au gré des discussions avec les bailleurs de fonds et mes collègues investisseurs, mais aussi avec les entrepreneurs désireux de trouver les meilleurs acteurs d’incubation ou d’accélération.

Gageons que ce Label, son sérieux, ainsi que le référentiel qualité qui lui est associé, sauront convaincre les partenaires techniques et financiers à la recherche de relais crédibles.

A titre d’exemple, I&P lancera prochainement au sein de son programme I&P Accélération au Sahel une activité de formation destinée aux SAE et entièrement dédiée aux questions financières et à la compréhension de la préparation de la levée de fonds. Le Label Afric’innov sera l’un des éléments différenciants et objectifs de notre processus de sélection des SAE lauréates.

 

Vous avez récemment participé au premier Comité de Labellisation Afric’innov. En quoi a consisté votre rôle ? 

J’ai eu le plaisir de présider le premier Comité de Labellisation Afric’innov aux côtés d’experts dont je veux bien sûr souligner l’engagement inlassable en faveur des écosystèmes entrepreneuriaux africains : Christian Jekinnou, Agossou Honfo, Lyes Bouabdallah et Dominique Owekisa.

Il s’est agi pour nous de comprendre et d’évaluer la pertinence des dossiers candidats, en nous appuyant largement sur le travail documenté par Afric’innov cette année sur chacune des structures candidates. Ce comité a été un espace d’échanges ouverts et constructifs pour déterminer ensemble un standard de qualité et de performance qui permettra au Label d’être connu et reconnu par ses pairs.

 

Quels étaient les critères d’attribution du Label ? Parmi ces critères, y en a-t-il certains qui vous tiennent particulièrement à cœur ?

Le Label est attribué à ce jour selon quatre grands critères :  la qualité des infrastructures, la transparence de la gouvernance, la pertinence des méthodes d’accompagnement et la clarté de l’offre de services. Ces critères sont le fruit d’un travail initié il y a plusieurs années maintenant en collaboration avec de nombreux experts du secteur.

En parlant depuis le point de vue « fonds d’investissement », je suis nécessairement convaincue que les programmes d’accompagnement sont le « nerf de la guerre » et un critère central du Label. La lisibilité et la qualité de l’offre doivent être au cœur des préoccupations d’une structure d’appui à l’entrepreneuriat.

J’ai trop souvent croisé des structures qui, soit parce qu’elles avaient des impératifs économiques qui les empêchaient de travailler sereinement, soit parce qu’elles cédaient aux effets de mode, ne se souciaient pas de savoir si in fine elles « appuyaient » réellement l’entrepreneuriat. Or quand un bailleur de fonds, ou un fonds d’investissement dans mon cas, s’intéressent à votre structure, votre programme d’accompagnement est un gage de sérieux et d’efficience qui débloquera plus facilement des financements.

 

Pour vous, qu’est-ce qui différencie un bon dossier d’un très bon dossier ? Qu’est-ce qui différencie une SAEI performante des autres SAEI ?

La différence peut être ténue entre deux structures, mais les cinq premières lauréates du Label Afric’innov ont en commun certaines caractéristiques :

  • Ce sont des structures formalisées, avec des équipes dédiées de qualité et adaptées au contexte local ;
  • Elles envisagent avec pragmatisme la problématique de leur modèle économique et travaillent à le stabiliser en multipliant les opportunités pour les entrepreneurs ;
  • Elles développent des méthodes d’accompagnement éprouvées et évaluables grâce à un suivi d’impact précis et à de nombreux partenariats ;
  • Elles ont une place centrale dans leur écosystème national, qu’elles contribuent à solidifier et pour lequel elles sont actrices d’un plaidoyer en faveur de l’entrepreneuriat.

J’ajouterais que de façon générale, un très bon dossier montre la capacité de formation de cohortes d’entrepreneurs sur l’ensemble des sujets clefs d’une entreprise africaine en croissance.
 

Que recommanderiez-vous aux structures d’accompagnement qui souhaiteraient obtenir le Label Afric’innov ?

Trop souvent, les SAE ne font pas la démonstration de leur performance avec des indicateurs de résultats précis, quantifiables et objectifs. II faut soumettre au Comité de labellisation une candidature qui n’est pas approximative et qui fait la preuve d’une valeur ajoutée pour les entrepreneurs bénéficiaires. Il faut en fait prouver aux experts que vous avez compris les problématiques internes et externes de votre structure et que vous avez créé les conditions propices pour y répondre.

J’ajouterais qu’on sait que les SAE qui s’en sortent le mieux sont celles qui ont développé une méthodologie et une approche « différenciantes », c’est-à-dire qui ne se contentent pas de dire qu’elles font de l’incubation ou de l’accélération, mais qui expliquent les particularités de leur public cible, ou de leur offre. EtriLabs par exemple a su montrer l’excellence et la spécificité de son programme d’accélération EtriStars, La Fabrique a insisté sur sa capacité à accompagner les entrepreneurs sociaux avec une approche dédiée, et ainsi de suite…

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